Les bouleversements climatiques ne relèvent plus de l’hypothèse. Visibles et mesurables, ils transforment déjà les conditions dans lesquelles nous faisons société et habitons les territoires. L’adaptation devient un impératif concret : intégrer les nouvelles réalités climatiques, concevoir des espaces plus protecteurs et accompagner ces transformations par une attention accrue aux usages, aux perceptions et à l’ergonomie des lieux.
Simultanément, les tensions mondiales sur l’énergie, les matières premières et les chaînes d’approvisionnement imposent de revoir nos cadres d’action. La sobriété comme démarche de projet nous invite à interroger nos besoins, à faire preuve de discernement et de minimalisme, et à ouvrir le chantier de la maintenance, du soin et du ménagement des patrimoines. L’instabilité géopolitique rappelle aussi nos vulnérabilités technologiques et nous conduit à penser la souveraineté, la robustesse et les solutions « technologiquement sobres » comme des conditions nécessaires à notre résilience.
Dans ce contexte, AREP poursuit ses investissements dans la recherche, avec une conviction simple : les transformations à venir ne pourront être engagées sans recul méthodologique et critique, ni sans prendre le temps de planter, parfois longtemps à l’avance, les graines de futurs possibles. Ce rapport d’activité constitue ainsi un exercice de capitalisation, de pédagogie et de transparence, visant à partager les enseignements tirés de nos actions avec l’ensemble des acteurs de la ville et des territoires… Il témoigne d’un déplacement nécessaire : de la production neuve vers l’adaptation du déjà-là ; de l’extension vers la transformation ; de l’exploitation extensive vers le ménagement des territoires.
L’année 2025 a confirmé la diversité de nos engagements. Nos travaux ont accompagné les études préliminaires au développement des Services Express Régionaux Métropolitains, poursuivi l’exploration des solutions fondées sur la nature et perfectionné nos outils de compréhension des phénomènes physiques et socio-spatiaux. Ils ont aussi interrogé le potentiel de transition du patrimoine foncier et bâti de la SNCF — gestion, solarisation, renaturation, réemploi — tout en intégrant plus finement les dimensions psycho-sociales des comportements voyageurs en gare.
L’année 2026 ouvre de nouveaux chantiers. AREP mobilise ses chercheurs autour du périurbain, à l’occasion d’un colloque international à Cerisy, pour interroger le devenir de ces territoires centraux dans les débats sur l’adaptation, les mobilités, le métabolisme urbain ou la biodiversité. Nous poursuivons la construction d’outils de prospective systémique pour éclairer les interdépendances entre mobilités, empreinte écologique, usages et formes urbaines. Ces perspectives s’accompagnent d’un ouvrage sur la prospective, à paraître aux éditions Apogée, et de recherches sur la décomplexification constructive, la décarbonation des matériaux, la réduction des émissions polluantes et l’allègement des pressions sur les écosystèmes vivants.
À l’heure où l’intelligence artificielle accélère la désinformation, fragilise les débats publics et où certaines censures menacent la circulation des savoirs, AREP entend poursuivre son devoir d’exemplarité vis-à-vis de la connaissance produite : documenter, vérifier, rendre discutables ses méthodes et ses résultats. Cette exigence suppose aussi une forme d’humilité face à ce que nous ne maîtrisons pas encore, et que la science peut nous aider à comprendre. Légèreté, frugalité, robustesse, résilience, maintenance, soin et post-croissance seront peut-être les maîtres-mots des années à venir : moins une trajectoire figée qu’une invitation à transformer nos manières de voir, de concevoir et d’agir.